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Loi d’urgence agricole : trop proche de la loi Duplomb

Le projet de loi d’urgence agricole, adopté par l’Assemblée nationale, répond à certaines revendications exprimées par le monde agricole. Toutefois, il le fait au prix de reculs importants en matière de protection de la santé et de l’environnement.

L’acétamipride, dont la réintroduction prévue par la loi Duplomb avait été censurée par le Conseil constitutionnel, est de nouveau autorisé dans le cadre de ce texte, aux côtés du flupyradifurone, une substance au mode d’action similaire à celui des néonicotinoïdes.

Certes, le nouveau texte encadre davantage l’utilisation de ces pesticides et impose une validation par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), mais la réintroduction de ces pesticides est en soi, un recul majeur face au défi environnemental.

Le Gouvernement porte une lourde responsabilité, d’autant qu’il a verrouillé le débat démocratique en refusant de soumettre au vote des amendements qui auraient permis d’éviter cette réintroduction de pesticides.

Ce texte demeure également flou sur plusieurs dispositions qui affichent un soutien au monde agricole sans apporter de réponses concrètes aux difficultés rencontrées. La facilitation de l’usage de l’eau mérite d’être davantage précisée, au risque d’accentuer les conflits d’usage dans un contexte de raréfaction de la ressource lié au changement climatique. Le stockage de l’eau est indispensable pour assurer l’avenir de notre agriculture. Le projet de Montbel en est une illustration concrète, et nous sommes fiers qu’il puisse enfin se concrétiser. Il appartient désormais à l’État d’accompagner ce type de projets partout où ils sont nécessaires, dans le respect des équilibres environnementaux et des autres usages de l’eau.

De plus, la facilitation des agrandissements d’élevage s’inscrit dans une vision productiviste qui ne répond ni aux attentes des Français en matière de qualité des produits, ni à la nécessaire préservation de l’environnement.

Le monde agricole est en crise et a besoin de réponses concrètes. Or ce texte privilégie des mesures qui profiteront principalement à une minorité d’exploitations toujours en quête de profits toujours plus élevés, sans apporter de réponse structurelle aux difficultés que rencontrent la majorité des agricultrices et des agriculteurs.

Une véritable loi de programmation agricole devrait garantir un revenu digne aux agricultrices et aux agriculteurs, sécuriser leur avenir et leur donner les moyens de produire une alimentation de qualité dans le respect de l’environnement. C’est à cette condition que l’agriculture française pourra relever les défis économiques, climatiques et alimentaires qui l’attendent. Force est de constater que ce texte est loin d’y répondre.

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